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akila
Inscrit le: 17 Oct 2005 Messages: 49
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Posté le: Sam Avr, 2006 12:19 am Sujet du message: Bourdieu: ce que j'en pense |
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D a ns une lettre à Wagner,
Baudelaire écrit à propos de sa musique :
« J’ai senti toute la majesté d’une vie plus large que la nôtre. Autre chose : j’ai éprouvé souvent un sentiment d’une nature assez bizarre, c’est l’orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l’air. . .»
« Avez vous déjà remarqué à quel point les masses n’ont absolument aucun goût ? Admettez-le » Nous dit Joseph Heath. Plus loin encore, il écrit « L’opinion populaire du jugement esthétique est dominé par ce que le sociologue Pierre Bourdieu appelle l’-idéologie du goût naturel et inné-. Selon ce point de vue la différence entre la beauté et la laideur, le bon goût et le mauvais, l’élégance et la vulgarité résident dans l’objet. L’art mauvais est vraiment mauvais, mais seules les personnes possédant un certain niveau de culture et d’éducation sont capables de le reconnaître. Pourtant, comme le souligne Bourdieu, cette capacité de détecter l’art mauvais est répartie d’une façon qui coïncide presque miraculeusement avec les divisions de classes. En fait, seul un minuscule pourcentage de la population le possède. Et comme le soutient Bourdieu, documentation exhaustive à l’appui, cette capacité est presque entièrement concentrée chez les classes supérieures de la société. Les classes inférieures aiment uniformément l’art de mauvais goût, tandis que les classes moyennes ont sans équivoque des goûts ‘intellectuellement moyens‘.[---]
Akiles: Là, je me gratte la tête. . .
Bourdieu soutient que le jugement esthétique est toujours une question de distinction –qui consiste à séparer ce qui est supérieur de ce qui est inférieur. Ainsi, le bon goût est, en grande partie, défini négativement, en termes de ce qu’il n’est pas. « Les goûts, dit Bourdieu, sont sans doute avant tout des dégoûts, faits d’horreur ou d’intolérance viscérale (c’est à vomir’) pour les autres goûts, les goûts des autres.»
[---]
Parce qu’il est ancré dans la distinction, le jugement esthétique joue un rôle extraordinairement puissant dans la reproduction des hiérarchies sociales. Le goût ne se limite pas à l’appréciation de ce qui est de bon goût, c’est aussi une désapprobation de ce qui est vulgaire (et, il s’ensuit, de ceux qui n’ont pas la capacité d’établir de telles distinctions).
Le bon goût confère à celui qui le possède un sentiment de supériorité presque inattaquable. Voilà la principale raison pour laquelle, dans notre société, des gens de classes sociales différentes n’interagissent pas librement les uns avec les autres. Ils ne peuvent pas supporter le goût des autres. Plus précisément, les gens qui occupent les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale méprisent carrément tout ce qu’apprécient les gens qui leur sont inférieurs (le cinéma, les sports, les émissions de télévision, la musique, etc.).
«L’intolérance esthétique, nous rappelle Bourdieu, a des violences terribles. L’aversion pour les styles de vie différents est sans doute une des plus fortes barrières entre les classes: l’homogamie est là pour en témoigner.»
[---]
Parce que le goût est ancré dans le sentiment de distinction, il s’ensuit qu’il n’est pas donné à tous.
[---]
Ainsi, le «bon goût» s’oriente vers des styles plus inaccessibles, moins familiers. Le bon goût, en d’autres termes, est un bien positionnel. On ne peut le posséder que si beaucoup d’autres ne l’ont pas.
 _________________ Quand d'infâmes araignées tendent leurs filets
au fond de nos cerveaux, l'Espoir vaincu
et l'Angoise sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. –à la Baudelaire |
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ThY'D

Inscrit le: 10 Mar 2005 Messages: 4335
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Posté le: Sam Avr, 2006 9:45 am Sujet du message: |
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Bonjour Akila,
Je vois ce que tu veux dire...
mais il y a une large part dûe au conditionnement de l'environnement sur la personne qui s'individualise en miroir de la place qu'elle occupe.
Cependant, il me semble possible de ne pas être ainsi délimité par le statut social ou "classe" que l'on est sensé camper. Cela sous-entend le fait que celui ou celle qui ne joue pas un rôle qui lui semble être défini est insensée.
Connerie ! Je ne me sens pas limité par un statut ou une maladie. Je ne vais pas me contenter de ce qu'on veut bien me dire goûter afin de vivre ce que d'autres apprécient dans une situation comparable à la mienne.
J'aime de tout mais pas n'importe quoi.
C'est quoi "pas n'importe quoi" ? C'est quoi "de tout" ? C'est ce qui me séduit, et ce qui me séduit n'est pas forcément "beau", ou bien encore une laideur sensée l'être peut-être intensément belle. C'est cet instant premier de l'artiste qui doit se retrouver dans son oeuvre qui alors la réussit. Je peux aussi apprécier ce qui tend à me repousser si cela se contient dans la démarche de l'artiste qui "cherche à repousser" et par là même provoque un effet contraire : me voilà attiré par ce qui me repousse. Me voilà embelli de laideur, pris dans la nature d'un goût particulier.
L'esthétisme se trouve partout comme le bon et le mauvais quelque soit "la classe", qui à mes yeux doit ne plus exister, qui n'a rien en commun avec la création et la liberté fondamentale d'être.
Une oeuvre qui s'adresse à une classe n'est pas universelle. Autrement dit, une élite qui se croit être et vivre dans un ordre universel... peut être dans l'erreur humaine... peut se tromper.
En résumé, je ne me sens pas classé dans une façon de goûter les éléments que j'aime ou non.
Ma langue est un organe, ma langue est une parole, si les deux coïncident alors je suis en mesure de reconnaître ce qui est bon et mauvais pour moi. L'Art universel représente-t-il la beauté du vrai ? Ne naît-il pas d'abord singulièrement ? Le vrai se morcelle-t-il en chacun ou bien est-il l'unité de tous ?
Les modes de vie...
on peut avoir un mode de vie complètement libéré des contraintes à lire tel ou tel livre, à écouter telle ou telle musique. Les personnes qui vivent dans un "devoir d'être" dans "un mode de vie" et qui se limitent donc "à leur catégorie d'existence" vivent uniquement en fonction du regard d'autrui - par peur de se perdre... par crainte "du grand voyage", celui qui va vers soi lorsqu'on arrive au bout, libre. Elle "écoutent et elles aiment" pour "être reconnue" socialement. L'Art devient alors un prétexte et ce prétexte peut ne pas être conscient. La haute sphère existe mais n'est liée à aucune souche de population, n'est pas catégorielle, c'est un égrégore qui échappe à toutes statistiques socio ou psychologiques.
Tant qu'on en sera à sonder la minorité d'une majorité, pour l'Art mais dans la vie plus globalement, nous en serons toujours à regarder le doigt... nous en serons toujours à entendre cet éclat de rire qui vient des cieux, celui qui nous faisait si peur, avant de ne plus y croire.
Comme dirait mon ami Mulder : "la vérité est ailleurs"...
La séduction...
n'a pas de limites lorsqu'elle est libre.
Aujourd'hui, peut-on VRAIMENT AFFIRMER que LA MASSE ne possède aucun goût parce que les médias tendent à rendre comestible la culture pour les Lucilia sericata ?
Pour se former, il faut le vouloir, pour le vouloir il faut-être en mesure de pouvoir jouer... le jeu est fondamental et n'est pas un acte humain seulement, le jeu et la vie - est la vie - puisque le jeu émule ce qui est vrai, teste de véritables capacités... forme l'être.
Je cite une phrase récente de De Villepin qui signe lui-même, à sa façon, ce que je perçois à travers mon regard sur le monde "Nous jouons dans nos têtes"... mais pour cela, il faut être en mesure de jouer, c'est pourquoi je dis : "lorsqu'on "tombe, on ne joue plus". De Villepin "qui joue dans sa tête la vie" s'est confronté "à la vie même", si ce n'est "à la vraie vie" qui lorsqu'elle est en chute cesse de jouer la vie, mais VIT ; ne joue pas dans sa tête mais manifeste ses pensées les plus profondes par la marche de son corps.
Ce n'est pas "la classe" qui domine ce qu'elle croit reconnaître dans ce qu'elle dit "beau" pour elle, c'est "le jeu"... de la vie... pour comprendre qu'il faut déployer les moyens nécessaires à ce que "tous puissent reconnaître le jeu et y jouer". Pour cet être humain là, cette civilisation nôtre n'est pas adaptée. L'Art peut le suggérer et libre à chacun de le reconnaître quelqu'il soit. _________________ "Parlez doucement quand vous criez et insultez mais dans le respect. Merci." |
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akila
Inscrit le: 17 Oct 2005 Messages: 49
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Posté le: Sam Avr, 2006 1:05 pm Sujet du message: les classes |
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| ThY'D a écrit: | Bonjour Akila, Je vois ce que tu veux dire...
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Bonjour Thy'D. Tel que tu l'exposes, je considère que beaucoup d'éléments restent obscurs. Par exemple, les classes. Chez moi elles ne sont pas un problème, elles le deviennent par vice. C'est comme les gens beaux, ils ont automatiquement plus d'avantages que les moins beaux. Le nier, c'est se leurrer. Par contre, la classe, la beauté, la force, la supériorité, en fait la différence, ne provoquent des fictions que par la suffisance de ceux qui en ont le profit et la jalousie de ceux qui ne l'ont pas. Ce n'est, chez moi, pas un problème de classe, de nos jours en tout cas, mais de culture et de d'empathie: un manque de générosité dû à une accumulation de gens mauvais. Bref, tu dois lire la suite de ce que j'ai écrit sur Bourdueu pour te faire une meilleure idée de mon point de vue.
D'un façon ou d'une autre, j'ai aimé lire ton point de vue. Akiles _________________ Quand d'infâmes araignées tendent leurs filets
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akila
Inscrit le: 17 Oct 2005 Messages: 49
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Posté le: Sam Avr, 2006 1:20 pm Sujet du message: le bon goût |
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Comment réagir à ces propos? Un peu bizarre, non? Si je devais appliquer ces définitions à mon cas, je serais assez embarrassé. Brièvement; mes parents étaient illettrés. Je n'ai jamais connu ce que l'on appelle la culture car ma famille n'en possédait pas les moyens, et aujourd'hui, encore, je trouve que pour y avoir accès, une bourse bien remplie est nécessaire. Le seul moment où je me suis abreuvé de littératures, avec beaucoup de curiosité spontanée, c'était vers 17 ans, pendant une période de deux ans, dans la maison d'un de mes oncles, en Algérie; il possédait une immense bibliothèque. Plus tard, mes voyages m'ont tant absorbé dans la culture et les traditions des peuples anciens que plusieurs décennies se sont déroulées sans être conscient des productions culturelles en Occident. D'ailleurs, ayant été influencé par les idéaux hippies, j'avais rejeté beaucoup de ses valeurs.
Par contre, ce que je souhaite réitérer ici, comme je l'ai souvent fait ces dernières années, récemment encore à propos de Reza Yasmina, c'est le fait que le web, qui est un concept idéalement démocratique, du moins ainsi avait-il été conçu à l'origine, et on peut affirmer que les forums de discussions qui champignonent sur la toile, et où la parole est libre et diversifiée, prouvent par conséquent que ce domaine de libres expressions est un champ digne de l'effort civilisationnel. Or, c'est ce que je répète: les intellectuels et les penseurs qualifiés sont étrangement absents de la scène virtuelle. Tant et si bien qu'un type comme moi, engendré par la plèbe, sans aucune formation intellectuelle, se retrouve pratiquement seul à commenter sérieusement, par intérêts culturels et pour le plaisir de la connaissance, de l'art et du progrès, les articles qui lui tombent sous la main et qui traitent des sujets chauds de la condition humaine présente.
Mais bon sang! où donc est passé l'esprit démocratique que l'on défend à cor et à cri!?! Que des aristocrates, des bourgeois ou des snobs ne fréquentent pas ces forums populaires, je le comprends. Mais qu'en est-il de ces professeurs, écrivains, philosophes, sociologues compétents, etc., qui revendiquent l'égalité et l'éducation gratuite tout en partageant sympathiquement, dans un esprit d'éducation et de fraternité, leur savoir avec la masse des internautes? C'est une question. . .
Donc, pour en revenir aux notions d'esthétiques de Bourdieu, je prendrai deux films que je viens de voir ces dernières semaines. Ma femme m'avait emmené à la projection de Va, vis et deviens.
A la fin, les gens ont applaudi. Bien que j'avais souvent les larmes aux yeux, j'ai trouvé ce film mal tourné, un peu long, le récit rocambolesque, sentimentale, le point de vue historique manqué et la facture pour l'ensemble de la production très hollywoodienne. Bref, c'était raté, à mon goût, alors que le sujet était original, exotique et explosif.
L'autre film, c'était Crash. Il met en perspective de façon assez équarrie les préjugés raciaux et leurs conflits dans une ville comme L.A. Tout y est : la peur, le luxe, la folie, la famille, la délinquance, mais rien n’est dit si ce n’est que ce chaos social crée des heurts dont personne ne peut être directement mis en cause puisque nous ne sommes que des poupées de chiffons de cette énergie matérielle qu’est le monde. Crash fait de la pédagogie à deux sous en nous montrant qu’un « bon » devient généralement une brute violente si les circonstances, indépendantes de sa volonté. . . ) l’y conduisent. Il tombe ainsi dans un pattern du conditionnement humain qui engendre l’hypocrisie, l’incurie, l’indifférence, l’individualisme, l’injustice, le fanatisme et toutes les plaies du monde. Par-dessus le marché, le film est construit de scènes absolument infantilisantes comme celles, entre autres, où la petite fille à « la cape magique » ouvre la porte et court vers sa mort! (C’est du Wagner qu’il nous aurait fallu là pour le pathos!)
Des histoires. Ce film est constitué d’une trame d’histoires. Des histoires de danger et de protection, comme dans les contes, d’accidents et de sérénité, où les névrosés pathologiques deviennent, par la divine providence, des illuminés, et les fous, des prophètes. Un film que j’ai, cependant, regardé jusqu’au bout, ce qui correspond chez moi à un indice de d'intérêt.
Comme dirait Kundera dans son livre Le rideau : « La scène de son célèbre tableau, La Liberté guidant le peuple, Delacroix l’a recopiée du rideau de la préinterprétation: une jeune femme sur une barricade, le visage sévère, les seins dénudés qui font peur; à côté d’elle, un morveux avec un pistolet. J’ai beau ne pas aimer ce tableau, il serait absurde de l’exclure de la grande peinture. Mais un roman qui glorifie de pareilles poses convenues, de tels symboles usés, s’exclut de l’histoire du roman. »
Moi, Akiles, j’en pense de même pour le cinéma.
Par contre, j’ai mieux apprécié Mon ami Machuca,
une histoire qui se passe au Chili et qui raconte, à travers les yeux d’enfants, qui jouent très bien leurs rôles, les évènements de septembre 1973: un dépucelage de l’enfance face à la stupidité des hommes et de leur violence construit sur un montage cinématographie où l'art du cinéma fait partie intégrante du récit et donne à ce film une sensibilité absolument réaliste.
 _________________ Quand d'infâmes araignées tendent leurs filets
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ThY'D

Inscrit le: 10 Mar 2005 Messages: 4335
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Posté le: Sam Avr, 2006 1:44 pm Sujet du message: |
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Ma mère est une personne analphabète. Pourtant certaines de ses pensées sont par moment foudroyantes. Une femme entière, une force.
je ne parle pas de mon père, pas envie...
enfin, tout cela ne veut rien dire... quant à moi, aucune formation, pas le bac... ça doit se lire je pense... pour le reste, je pense que le net possède "ces êtres de lumière", des hommes et des femmes, la toile est fréquentée par la liberté de le faire, et le monde ne s'en prive pas. Il faut ouvrir les yeux pour trouver la lumière, ou les fermer pour avancer à tâtons. C'est difficile de s'élever et des expériences sur le net tournent mal, certains "intellectuels ou écrivains", ou encore artistes, finissent par fermer leur propre forum sentant la menace du monde les dissoudre dans ce qu'ils ne maîtrisent pas, le vrai... ce qui n'est pas eux et le besoin s'en faire sentir de se protéger face à la bêtise. Un nombril quelqu'il soit étant la chose la plus importante au monde.
Je me joins à ta gueulante et je te remercie pour ces références en partage. _________________ "Parlez doucement quand vous criez et insultez mais dans le respect. Merci." |
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